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Décote des supercars : pourquoi posséder est devenu une mauvaise décision financière en 2026
08 avril 2026

Décote des supercars : pourquoi posséder est devenu une mauvaise décision financière en 2026

Il existe une croyance tenace dans le monde de l’automobile premium : une Ferrari, une Porsche ou une Lamborghini neuve serait un « investissement ». On rouvrira la conversation dans trois ans, dit-on. Le marché tient, l’offre est rare, la passion ne se dément pas.

Les chiffres racontent une autre histoire.

J’ai compilé les données de décote publiées par Hagerty, l’une des références mondiales en matière d’évaluation de véhicules sportifs et de collection, ainsi que les indices de marché 2025 disponibles sur les principales plateformes spécialisées. Le constat est sans appel : sauf cas très spécifiques de modèles ultra-limités, posséder une supercar moderne est aujourd’hui l’une des décisions financières les plus défavorables disponibles sur le marché du luxe.

Voici pourquoi, chiffres à l’appui.

Le mythe de la « voiture qui prend de la valeur »

Commençons par une réalité statistique qui surprend la plupart des passionnés. Selon les données publiées par Hagerty sur les marchés européens et américains, les supercars modernes perdent en moyenne 6% de leur valeur après un an, et environ 20% après trois ans. C’est la moyenne. Pas le pire cas. Pas l’exception. La moyenne.

Et ce chiffre cache des écarts énormes selon les marques :

Marque (moyenne)Décote sur 3 ans
Ferrari~15%
Lamborghini~16-18%
Audi R8~16%
Aston Martin20-25%
McLaren20-25%
Porsche (modèles standards)~25%
Porsche 911 GT2 RS~30%
Mercedes-AMG GT~20%

Sources : Hagerty Insight, octobre 2025 ; The Money Calculator (base données 3 ans) ; analyses Octoclassic 2025.

Quelques observations qui méritent qu’on s’y attarde.

Premier point : les italiennes (Ferrari, Lamborghini) tiennent mieux leur valeur que les britanniques (Aston Martin, McLaren) et que les allemandes (Porsche, Mercedes). C’est une réalité du marché, liée à la rareté relative et à la culture de marque.

Deuxième point : même Ferrari, championne de la rétention de valeur, perd en moyenne 15% sur trois ans. Sur une 296 GTB à 320 000 CHF, cela représente 48 000 CHF de perte sèche en trois ans, hors frais.

Troisième point : certains modèles très médiatisés à leur lancement perdent jusqu’à 30% sur trois ans. C’est le cas notable de la Porsche 911 GT2 RS, dont la décote a été aggravée par les acheteurs qui avaient payé au-dessus du prix catalogue.

Posséder une supercar n’est jamais une décision rationnelle d’un point de vue patrimonial. C’est une décision émotionnelle qu’on finance ensuite avec un capital qui s’évapore.


Le calcul réel : Ferrari SF90 Stradale sur 3 ans

Passons d’une moyenne à un cas concret. Prenons une Ferrari SF90 Stradale, hybride 1000 chevaux, prix catalogue Suisse d’environ 480 000 CHF en configuration standard.

Voici ce que coûte vraiment sa possession sur trois ans pour un dirigeant suisse :

Décote estimée (15-18% pour une Ferrari moderne) : -75 000 à -85 000 CHF

C’est la perte sèche de valeur entre l’achat et la revente théorique à trois ans, dans des conditions favorables (faible kilométrage, état impeccable, marché stable). Une perte plus importante est plausible si le marché se retourne ou si la voiture est utilisée comme une voiture de tous les jours.

Assurance tous risques (segment supercar Suisse) : 8 000 à 15 000 CHF/an, soit 24 000 à 45 000 CHF sur 3 ans

Pour un véhicule de cette catégorie, l’assurance est l’un des postes les plus sous-estimés à l’achat.

Entretien Ferrari officiel (révisions, pneus, freins) : 4 000 à 8 000 CHF/an, soit 12 000 à 24 000 CHF sur 3 ans

Les supercars exigent des entretiens fréquents et coûteux. Les pneus seuls peuvent représenter 4 000 à 6 000 CHF par jeu, à remplacer tous les 8 000 à 15 000 km selon usage.

Coût d’opportunité du capital immobilisé : 480 000 CHF placés à 4% sur 3 ans, c’est 57 600 CHF non perçus

Ce point est rarement intégré dans les calculs, mais il devrait l’être. L’argent investi dans la voiture est de l’argent qui ne travaille pas ailleurs.

Vignette, taxes cantonales, frais administratifs : ~2 000 CHF sur 3 ans

Coût total réel de possession sur 3 ans : entre 170 000 et 210 000 CHF

Soit environ 5 000 à 6 000 CHF par mois en coût équivalent, pour une voiture qui sera très probablement immobilisée la majorité du temps.


Comparaison avec un abonnement Nuvero

Une SF90 Stradale en abonnement Nuvero représente un coût mensuel tout inclus situé dans une fourchette comparable, sans aucun des coûts cachés ci-dessus : pas de décote à porter, pas d’assurance à gérer, pas d’entretien à anticiper, pas d’immobilisation de capital.

Sur trois ans, le calcul devient le suivant :

  • Possession : 170 000 à 210 000 CHF de coût total, capital initial à mobiliser, risques portés par le propriétaire
  • Abonnement : montant identique ou proche, mais sans immobilisation de capital, sans risque de décote, et avec la liberté de changer de véhicule en cours de route

À coût équivalent, l’un est rigide et porte tous les risques. L’autre est flexible et n’en porte aucun.

Pour un capital de 480 000 CHF qui reste investi ailleurs au lieu d’être immobilisé dans une voiture, la différence sur trois ans est d’environ 60 000 CHF de gain net pour le propriétaire, simplement en n’achetant pas. C’est le coût d’opportunité que personne ne mentionne dans les concessions.


Les exceptions : ces voitures qui prennent de la valeur

Soyons honnêtes : certaines voitures résistent ou prennent de la valeur. Mais ce sont des cas très précis qu’il faut savoir identifier.

Les modèles qui appartiennent à l’une de ces catégories peuvent éventuellement se défendre comme placement :

  • Séries strictement limitées : Ferrari LaFerrari Aperta, modèles « one-off », McLaren Senna. Production sous 1 000 exemplaires, accès réservé aux clients établis de la marque.
  • Variantes « hardcore » avec production maîtrisée : Ferrari 488 Pista (~+6% sur un an post-lancement), Porsche 911 GT3 (selon génération et état du marché spéculatif).
  • Modèles devenus introuvables : Ferrari F12berlinetta (~3% de décote sur 3 ans), Lamborghini Aventador en fin de production.

Mais ces voitures partagent toutes le même problème pour 95% des acheteurs : vous n’y avez pas accès au prix catalogue. Soit vous êtes client historique d’une marque depuis 10 ans, soit vous payez la prime de marché et dans ce cas, le ROI sur l’investissement s’effondre.

Pour le dirigeant ou l’entrepreneur lambda qui veut « investir dans une supercar », la probabilité de tomber sur l’un de ces modèles à prix juste est statistiquement très faible.


Le piège du leasing premium

Beaucoup pensent contourner le problème de décote en passant par le leasing. C’est partiellement vrai, mais le calcul mérite d’être fait honnêtement.

Un leasing premium sur 36 mois à 10 000 km/an pour une SF90 Stradale en Suisse implique :

  • Un acompte initial de 15 à 25% du prix d’achat, soit 72 000 à 120 000 CHF mobilisés au démarrage
  • Une mensualité comprise entre 6 500 et 9 000 CHF selon conditions et taux
  • Un engagement ferme de 36 mois, sans possibilité réelle de sortie anticipée
  • Une option d’achat en fin de contrat à valeur résiduelle prédéfinie (qui peut être supérieure à la valeur réelle du marché trois ans plus tard)
  • L’obligation d’assurer, entretenir et restituer la voiture en état conforme sous peine de pénalités à la restitution

Le leasing transfère une partie du risque de décote au prestataire, mais à un coût élevé et avec une rigidité quasi totale. C’est mieux que l’achat dans la majorité des cas. Ce n’est pas la flexibilité.


Pourquoi 2026 est précisément le moment

Trois facteurs convergent en 2026 pour rendre la possession encore moins rationnelle qu’avant.

Taux d’intérêt élevés. Le coût d’opportunité du capital immobilisé dans une voiture n’a jamais été aussi visible. En 2020, placer 400 000 CHF rapportait 0,5%. Aujourd’hui, le même montant placé sur des produits sécurisés rapporte 3 à 4%. La voiture, elle, continue de se déprécier.

Marché de la supercar en correction. Plusieurs segments montrent des signes de stabilisation, voire de baisse. Le marché Porsche notamment a vu des modèles comme le Taycan perdre jusqu’à 47% de leur valeur sur deux ans (étude Octoclassic, janvier 2025). Le marché Ferrari a connu une correction début 2024 avant de se stabiliser. L’époque de la valorisation automatique est terminée.

Émergence de l’abonnement luxe. Il y a cinq ans, l’alternative à la possession n’existait pas pour le segment supercar. Aujourd’hui, elle existe et elle est construite spécifiquement pour les profils qui veulent l’expérience sans la contrainte patrimoniale.


Ce que cela veut vraiment dire

Je ne dis pas qu’il faut renoncer aux voitures d’exception. Tout l’inverse : il faut les vivre.

Mais en 2026, posséder une supercar n’est plus une décision financière neutre. C’est une décision qui coûte, en moyenne, entre 50 000 et 80 000 CHF de perte sèche sur trois ans, sans compter les coûts annexes. Cette somme représente, pour beaucoup, une année d’abonnement complet à plusieurs voitures d’exception.

La vraie question n’est plus « Ferrari ou Lamborghini » c’est « posséder ou utiliser ».

Pour ceux qui veulent investir dans l’automobile au sens patrimonial, le marché des classiques (Hagerty Price Index) reste pertinent : Ferrari historiques, modèles iconiques, séries ultra-limitées. Mais cela suppose une expertise, un réseau, du temps, et une fenêtre d’investissement supérieure à dix ans.

Pour tous les autres les dirigeants, entrepreneurs, cadres supérieurs qui veulent conduire une supercar sans la subir financièrement la possession a perdu son sens en 2026.

L’abonnement automobile luxe n’est pas une mode. C’est la réponse rationnelle à une équation économique qui a basculé.


Pour aller plus loin

Si vous envisagez l’acquisition d’une supercar et souhaitez comparer objectivement le coût de possession et le coût d’abonnement sur trois ans, nous établissons cette analyse gratuitement pour les profils sérieux. Chaque cas a ses spécificités fiscales et patrimoniales.

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Sources principales :

Motor & Wheels, « Ferraris & Depreciation: 7 Models Compared », 2023

Hagerty Insight, « Modern supercar depreciation – Ferrari sets the pace », données UK/US 2021-2025

Hagerty UK, « Hagerty compares the depreciation of modern supercars », mai 2021, actualisé

The Money Calculator, « Ferrari Car Depreciation By Model » et « Porsche Car Depreciation By Model », 2025

Octoclassic, « Porsche market 2025: Avoid these depreciation traps », janvier 2025

Goodwood Road & Racing (GRR), « The 10 fastest depreciating modern supercars », 2024

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